Textes, nouvelles, résumés divers

Textes classés par niveaux

 

Cette rubrique comprend de nombreux textes ( niveaux A, B et C ) ainsi que des nouvelles.


C'est l'endroit idéal pour lire de nouveaux textes et en faire l'analyse.

Veillez à votre prononciation et essayez de comprendre l'essentiel. Consultez le dictionnaire si nécessaire. Répétez surtout à voix haute!


Niveau A  ( débutants )

Au téléphone...

-Driiiiing....Driiiiiing ....

-Nicole Dupont, bonjour.

-Bonjour, ici Alain. Ca va?

-Oui, ça va très bien.

-Patrick est à la maison?

-Non, il n'est pas ici. Il est chez un ami.

-Oh, c'est dommage. Au revoir.

-Au revoir

 

Niveau B ( Intermédiaires )

Dialogue entre deux copines et un copain .

-Ah zut! Mon stylo ne marche plus. Ce n'est vraiment pas le moment. On va annoncer les résultats   du     Lotto dans une minute. Aurélie, tu me prêtes ton bic?

-Ah non! Tu ne rends jamais ce que tu empruntes! Débrouille-toi, ma vieille!

-C'est sympa! Qu'est-ce que je fais alors?

-Ben, retiens les chiffres ou...demande à Ludo. Essaie toujours.

-Ah, tu m'énerves! Ludo, tu n'aurais pas un stylo?

-Tu penses certainement à mon beau stylo suisse... celui que j'ai reçu pour mon vingtièeme anniversaire et que je ne prête jamais à personne?

-Euh non...pas forcémentcelui-là. Il me faut un stylo, un bête stylo, n'importe lequel, mais le plus vite possible, s'il te plaît!

 

Niveau C ( Avancés )


"Trois euros par jour": voilà ce que chaque Flamand paie pour ses pairs wallons. "Honte!", clament certains Flamands, plaidant, Manifeste à l'appui, pour une scission sans délai du Royaume. "Marque de solidarité" , avancent d'autres, tout en exigeant plus de transparence. "Juste retour", rétorquent les Wallons, en rappelant qu'il fut un temps où les Wallons payaient pour les Flamands.

 

Tabe, la face cachée.

 

C'est toujours la première impression qui compte. Et pour Tabe, c'était aussi le cas.

La première fois que je l'ai rencontré, nous avions un rendez-vous et nous devions nous rendre en Allemagne, dans un MediaMarkt.

Il venait de sonner à la porte. Il était vraiment d'une humeur fracassante.

-Il faut absolument partir tout de suite car j'ai autre chose à faire. Dis à Hanneke de se dépêcher.

Il était tout excité et très impatient. Il avait certainement encore eu un problème avec sa femme ou bien sa fille. Et vous savez, quand quelqu'un n'est pas sympathique pour une raison ou une autre, ce n'est pas non plus notre problème. Je n'avais qu'une seule envie: lui fermer la porte au nez!

Nous étions maintenant en route à trois dans sa splendide auto, une BMW !

Un vrai palace cette voiture: dvd, airco, téléphone portable, etc.

Et Tabe avait l'habitude de mettre des gants avant de démarrer. Je trouvais cela un peu snob mais enfin, les goûts et les couleurs ça ne se discutent pas.

Ce qui me dérangeait beaucoup plus, c'était son style de conduite.

Un vrai chauffard ce type! Aucune patience pour les autres, toujours en train de klaxonner, de faire des dépassements dangereux et de traiter les autres d'imbéciles.

 

Inutile de vous dire que nous avions fait le trajet en un temps record.

 

Mon premier contact avec Tabe était dès lors très mal parti. Il ne me plaisait pas du tout et je le détestais. Il avait un mode de vie tout à fait différent du mien.

Mais lui, se considérait comme un vrai sportif car il avait une passion: le tennis.

C'était la raison pour laquelle on se voyait quelques fois par semaine: il venait chercher ma femme et ils partaient ensemble – en voiture – pour se rendre dans le club local.

Un trajet qu'il était possible de faire à bicyclette, mais comme il se considérait sportif, il préférait le faire en voiture.

 

Sur le terrain, c'était le même personnage qu'en voiture: impatient, impulsif, dangereux et désagréable. Il lui arrivait ainsi de temps en temps de lancer sa raquette dans un accès de colère.

Il dépassait ainsi les bornes et se rendait aussi impopulaire vis-à-vis de ses collègues.

Exactement comme sur la route, en dépassant la limitation de vitesse!

 

Que ce soit dans ses contacts avec les autres, sur le terrain de tennis ou sur la route, il se considérait comme étant le meilleur et il ne manquait pas de se mettre en valeur en parlant tout le temps de lui.

- Moi aussi, en 1981, j'ai travaillé dans le corps diplomatique. Nous étions à Moscou et je remplaçais l'Ambassadeur...

A chaque fois, c'était toujours la même rengaine.

Il parlait toujours de lui, de son travail, de ses vacances, etc. Jamais, il ne demandait des nouvelles de nos enfants, de nos vacances.

Dans sa vie, il , me semble-t-il, qu'une seule passion: le tennis.

Et pour le tennis, il aurait fait n'importe quoi.

Il était équipé comme un professionnel et n'hésitait pas à s'acheter les meilleures raquettes et des vêtements de luxe.

Cependant, il n'écoutait pas les signes de son corps.

S'il avait mal au genou, il prenait des aspirines ou des produits homéopathiques.

Cela durait un certain temps et quand il fallait faire autre chose, il n'hésitait pas à se faire opérer.

C'est ce qu'il a fait pour son genou.

 

Le tennis avait toutes ses priorités!

 

C'est un homme qui ne voulait pas avoir mal. Il avait surtout peur de souffrir et il prenait toutes sortes de médicaments. Mais d'un autre côté, c'était aussi quelqu'un qui se levait tôt et qui faisait du vélo d'appartement ou qui se pressait le matin un jus d'orange.

Tabe était toujours impeccable et il aimait l'être. En fait, il était atteint de narcissisme.

Il aimait qu'on le mette en valeur, qu'on s'occupe de lui, qu'on soit gentil avec lui.

Je pense qu'il voulait à chaque fois voler la vedette.

 

Mais c'était difficile d'être sympathique avec un homme de cette sorte.

 

Mais comme pour tout, il faut essayer d'en découvrir la face cachée, il faut creuser.

Il faut surtout partir à la découverte des coulisses de l'individu , de ses peurs, de ses complexes.

 

Comme je l'ai dit au début, j'ai rencontré Tabe quand il avait 62 ans . Je travaillais toujours et j'avais alors 49 ans. Mon intérêt pour le tennis était plus ou moins nul. J'avais d'autres priorités et je n'avais pas encore l'intention d'en faire mon sport préféré.

 

Comment découvrir les mécanismes d'une telle personnalité?

Car comme disait quelqu'un qui le connaissait un peu, Tabe est un homme difficile.

 

Et en effet, c'était un homme très difficile et désagréable au premier abord.

 

Pour en savoir plus sur un tel personnage, il n'y a qu'une seule solution: être régulièrement en contact avec lui dans des situations différentes.

 

Comme il n'habitait pas très loin de chez nous, c'était assez facile.

 

J'ai commencé à entrevoir la face cachée de Tabe à l'occasion de nombreuses situations.

En quelques années, le puzzle s'est construit lentement, à son avantage.

 

Ainsi, lors d'un séjour en vacances, il a commencé à me parler de la politique belge, de ce qu'il en pensait vraiment. Il voulait aussi savoir ce que j'en pensais.

Pour la première fois, il montrait de l'intérêt pour ma personne.

On discutait ensuite à bâtons rompus et c'est ainsi que j'ai remarqué qu'il avait aussi d autres passions: le jazz , la musique et les films.

Quant au jazz, il connaissait tous les genres et surtout tous les artistes. Il était incollable.

 

Il voulait aussi aller régulièrement au cinéma. C'est ce que nous avons fait ensemble pendant plusieurs années.

 

Comme nous allions régulièrement en vacances, il nous arrivait d'avoir besoin de quelqu'un pour nous conduire à la gare ou à l'aéroport.

Une seule personne de notre entourage voulait le faire à n'importe quelle heure et sans conditions préalables: Tabe !

Tabe nous aurait conduit partout, même au bout du monde. Il suffisait de lui demander et il était prêt!

En plus, il était ponctuel. Si nous avions un rendez-vous à 13h, il était chez nous à 13h, jamais une minute plus tard.

Nous avons naturellement des amis et de la famille, mais Tabe, c'était plus. On pouvait compter sur lui, dans tous les cas!

En contrepartie, nous nous faisions un plaisir de le remercier en lui payant le cinéma ou un restaurant.

 

IL y a quelques années, ma fille Julie était occupée à composer sa thèse sur notre ordinateur quand celui-ci est tombé en panne.

Comme c'était assez urgent et que la réparation pouvait durer quelques jours, j'ai tout de suite pensé à téléphoner à Tabe pour lui demander si notre fille pouvait venir quelques jours chez lui pour

terminer son travail.

 

Tabe m'a répondu immédiatement qu'elle pouvait venir tout de suite et rester le temps nécessaire.

Comme j'étais étonné de sa réponse et surtout de son amabilité, je lui ai répondu que c'était très sympathique de sa part et que j'allais lui offrir quelque chose pour le remercier.

 

A ce moment-là, il a répondu une chose qui m'a frappé et qui m'a permis de le découvrir un peu plus en profondeur: « Jack, c'est pour çà qu'on a des amis, non? ».

 

C'est à partir de cet instant que j'ai commencé à apprécier un homme que je ne connaissais pas vraiment, un homme difficile et antipathique.

 

Cet homme-là valait la peine à être connu. Il avait le fond bon et je pouvais en faire un ami.

 

Malheureusement, le destin en a voulu autrement.

 

Tabe a été victime d'un accident cérébral et sa revalidation fut un désastre.

Il a vécu 17 mois dans un état végétatif, soit dans une chaise roulante, soit dans son lit.

Lui qui aimait la rapidité, la propreté, la vie, s'est vu confiné dans un endroit où règnent la promiscuité, la lenteur, les longues attentes, les mauvaises odeurs, la routine et les soins irréguliers.

 

Tabe était dès ce moment prisonnier de sa condition. L'homme difficile était pris au piège, condamné à survivre dans une enveloppe qui le lâchait un peu plus chaque jour.

Lui qui aimait le soleil, les vacances, le jazz, les films.

Lui qui aimait le tennis, acheter les derniers gadgets et apprendre à s'en servir.

 

Car pour son âge, à 70 ans, il avait encore bonne mine, était bien bronzé et voulait rester en bonne forme.

Il avait de nombreux projets et surtout, il ne se voyait pas vieillir..

 

Quand je me plaignais pour un petit problème de santé, il se foutait toujours de moi en disant

que j'étais un gâté!

 

Pendant les quelques années que j'ai eu la chance de le connaître, j'ai remarqué une chose importante chez lui. Il était souvent avec des gens plus jeunes que lui.

Peut-être parce qu'il se sentait encore très jeune ?

Etait-il à la recherche du temps perdu, de ses meilleures années?

Je pense surtout qu'il se sentait vieillir et qu'il ne voulait pas devenir comme la plupart des gens de son âge.

 

Ceci pourrait expliquer pourquoi il aimait s'habiller jeune, côtoyer des jeunes et entreprendre des voyages.

 

Après son accident cérébral, nous nous sommes régulièrement rendus à la clinique.

Au début, c'était encore assez agréable car il réagissait, il pouvait encore parler et nous poser des questions sur le tennis, les vacances, etc.

 

Les derniers mois, l'homme «difficile» que nous visitions n'était plus vraiment Tabe.

Nous avions l'impression que la vie s'échappait lentement de son corps.

 

Tabe a encore vécu plusieurs mois dans des conditions indignes qui résultent de notre société hypocrite. Dans une société qui autorise l'avortement, l'envoi de ses jeunes gens en Afghanistan ou ailleurs et l'euthanasie dans certains cas bien précis, il est déplorable de laisser souffrir inutilement ses vieux dans les mouroirs de notre société de consommation.

Il serait plus digne de respecter les dernières volontés du patient ou tout simplement les souhaits de la famille.

 

Je pense que si Tabe avait été plus conscient de son état, il aurait demandé à ce qu'on achève sa vie, dans la dignité.

 

Tabe s'est éteint le 11 décembre 2009. Un «homme difficile» et méconnu a disparu à tout jamais.

 

Mais pour nous, qu'il considérait comme ses meilleurs amis, nous connaissons maintenant sa face cachée et nous avons été très heureux de le rencontrer.

 

 

 

Portugal , décembre 2009.